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Les cahiers parents

Infos parents - coin des lecteurs

Dans chaque numéro de Toupie, retrouvez l’«info parents ».
Chaque mois, Toupie interroge un professionnel de la petite enfance pour répondre à vos questions de parents.

21 novembre 2011 La rédaction
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À chacun son monstre !

Toupie - janvier 2012

Gros monstre à pustules ou petit monstre à dents pointues… il vient forcément un jour (ou une nuit) où le monstre vient s’immiscer dans les rêveries des enfants. Mais, ce monstre, qui est-il ? Pourquoi apparaît-il soudain ? Virginie Martin-Lavaud , psychologue clinicienne et docteur en psychopathologie, nous éclaire sur ce que révèlent les monstres de nos enfants.

 

Comment les enfants conçoivent-ils les monstres ?

Virginie Martin-Lavaud :  En fonction de leur âge, les enfants ont différentes perceptions du monstre. Autour de 2 ans et demi-3 ans, ils peuvent commencer à exprimer une inquiétude face à un monstre. Mais, si on leur demande de le décrire, on s’aperçoit qu’ils n’en ont pas d’image précise. Ils disposent simplement du mot («)monstre( ») pour traduire une incertitude, une crainte. Vers 5-6 ans, en fonction de leur culture et des images qu’ils ont intégrées (à travers les contes ou les dessins animés, par exemple), les enfants vont y projeter la forme qui leur convient. Le monstre est donc un signifiant : c’est un mot ouvert, qu’il faut habiter, et qui a une forte valeur symbolique.

Que nous disent les monstres de nos enfants ?

V. M.-L. :  L’apparition du monstre dans l’imaginaire de l’enfant vient traduire un questionnement, lui permettant de dire : « Il y a quelque chose que je ne sais pas, que je ne parviens pas à maîtriser, et cela m’inquiète ». Un enfant qui a peur d’un monstre est, en réalité, en train d’organiser ses affects et ses pulsions. Il fait un travail psychique, interrogeant la réalité qui l’entoure et ce qu’il ressent. Cela signifie qu’il est en train de devenir « acteur » de sa vie : habité par de nombreuses images, il est capable de prendre du recul par rapport à ses impressions. Quand les enfants sont capables d’évoquer les monstres qui les hantent, c’est qu’ils sont en train de s’ouvrir au monde. Cela correspond généralement à la période où ils entrent à l’école.

Les monstres ne permettent-ils pas aussi d’interroger les limites de l’humain ?

V. M.-L. :  Si, bien sûr. Vers 3-4 ans, l’enfant découvre qu’il est sexué, que cela a des incidences biologiques, éducatives et psychologiques sur sa vie. Le monstre, lui, peut posséder les deux sexes à la fois ! En ce sens, le monstre figure pour l’enfant ce qu’il ne peut plus être, ce qui fait partie de la mythologie, c’est-à-dire ce qui existait avant l’avènement de l’humain. Parfois, on appelle un enfant « petit monstre » : cela souligne sa nature pulsionnelle (il fait ce qu’il veut, quand il veut). Progressivement, l’éducation des parents et de l’école va lui inculquer des codes sociaux et le sortir de ce statut de petit monstre. L’enfant commence à comprendre que, contrairement au monstre, il n’est pas tout-puissant : il est faillible, il est mortel, il doit se plier à des règles. Cette période de « castration » va inquiéter l’enfant. En grandissant, certains enfants vont représenter des monstres très menaçants : avec de grandes dents, ou avec des lames à la place des mains, exprimant ainsi leur désir de toute-puissance. Le monstre pose aussi la question de la normalité, qui interroge le biologique et le savoir sur le monde.

Les monstres sont-ils toujours inquiétants ?

V. M.-L. :  Les monstres donnés par la culture, qui apparaissent au sein d’une histoire et sont nommés, ne sont pas forcément inquiétants. Ce sont des monstres « extérieurs » aux enfants. Le Centaure, par exemple, est un monstre dans le champ de la culture, qui ne sera pas adopté par un enfant comme étant « son » monstre. Ainsi, lorsque le monstre a un nom, il figure plutôt le familier, le pulsionnel. Autre exemple, Shrek, le célèbre ogre vert, est définitivement du côté de la jouissance anale : il pète, rote, dit des gros mots. Ce n’est pas un monstre qui va effrayer l’enfant, mais il va lui permette de construire son savoir sur le monde.

Comment rassurer un enfant qui fait des cauchemars, qui a peur des monstres ?

V. M.-L. :  Le cauchemar est une expérience (la première, peut-être), où au cours de laquelle l’enfant se rend compte que ses parents ne peuvent pas toujours venir à son secours. Il est confronté à une solitude existentielle. Le monstre, permettant à l’enfant de définir l’inquiétant, va lui permettre, en contrepartie, de définir le familier (cf.  Freud, L’Inquiétante Étrangeté ). La peur du monstre va ainsi aider l’enfant à rejeter ce qui l’inquiète et à déterminer les formes qui vont lui être bienveillantes et le rassurer. L’enfant devrait comprendre peu à peu, par la construction de son savoir esthétique, par la connaissance de ce qu’il estime être bienveillant ou malveillant, que c’est à lui-même de se rassurer. Cependant, il ne faut pas oublier que les enfants font des cauchemars quand ils n’ont pas les mots pour dire ce qui les effraie. On peut donc les inviter à raconter ce qui leur a fait peur, et, s’ils n’y parviennent pas, à le dessiner ou à le jouer. Généralement, les parents connaissent les expériences qui peuvent être à l’origine de l’inquiétude de leur enfant et parviennent à le rassurer.

Le Monstre dans la vie psychique de l’enfant , Virginie Martin-Lavaud, Érès, 2009.

Propos recueillis par Camille Moreau

22 décembre 2011 Anne-Sophie Nicot

L'Hôpital des nounours

Hôpital des nounours

L’hôpital angoisse… Pour permettre aux enfants de mieux appréhender cet univers médicalisé, les étudiants en médecine français se mobilisent chaque année

pour recréer un centre de soins à la mesure des plus petits et de leurs doudous : l’Hôpital des nounours . Justine Géraud , vice-présidente de l’Association des étudiants en médecine de Toulouse,

 nous présente cette initiative originale.

Comment est né l’Hôpital des nounours ?

Justine Géraud :  Ce projet a vu le jour en Allemagne, en 2000. Il a ensuite été repris dans notre pays à partir de 2004,

à l’initiative de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF).

Désormais, l’Hôpital des nounours a lieu chaque année dans les trente-cinq facultés de médecine de l’Hexagone,

en collaboration avec des étudiants d’autres filières de la santé.

Comment se déroule l’opération ?

J. G. : La visite à l’Hôpital des nounours se déroule dans le cadre d’une sortie scolaire, pour les enfants de grande section de maternelle et de CP.

En général, les étudiants en médecine vont à la rencontre des classes une semaine avant afin de prendre la mesure de leur connaissance du monde hospitalier, de leurs craintes…

 À ce moment-là, les enfants décident, avec leur enseignant, du mal dont souffre leur peluche, qui sera ensuite soignée.

Une fois à l’Hôpital des nounours, qui recrée différents lieux de soins, l’enfant passe par le stand des consultations :

le « malade » est accueilli par un « nounoursologue » qui effectue la pesée, note les symptômes… Ensuite, chaque enfant est pris en charge

dans un parcours qui dépend de la pathologie de son nounours : s’il a mal à une patte, il passera par le stand de radiologie, tenu par les étudiants en manipulation radio.

S’il a une fracture, direction le bloc opératoire, puis la salle de réveil, gérée par les étudiants infirmiers. La visite se termine en général par le stand de la pharmacie.

On trouve aussi le stand des étudiants en kinésithérapie et psychomotricité pour la rééducation, la « maternité », le « cabinet dentaire », le « cabinet d’orthophonie »…

Chaque année, les pompiers répondent également présents afin de faire découvrir aux enfants l’univers des premiers secours avec leur camion et tout leur matériel.

Enfin, une fois le parcours de soins terminé, chaque enfant repart avec son « Nounours Pack » : il y trouve le carnet de santé de son nounours, un « certificat de bravoure »,

éventuellement la « radio » de sa peluche ou des accessoires.

Quel est l’objectif de l’Hôpital des nounours ?

J. G. : C’est prouvé… quand on connaît, on a moins peur. Le but est donc de faire découvrir aux enfants, de manière ludique et rassurante, l’envers du décor

du milieu hospitalier afin de pallier « l’effet blouse blanche ». En suivant le parcours de soins de leur peluche malade ou blessée au sein de l’Hôpital des nounours,

ils sont donc sensibilisés aux métiers de la santé et se familiarisent avec un nouvel environnement. D’un autre côté, ces journées permettent aux étudiants en médecine

 et d’autres filières de se confronter à ce public particulier que sont les enfants, ce qu’ils n’ont pas ou peu l’occasion de faire pendant leurs études.

Enfin, cette initiative participe à la découverte du corps et à l’éducation à la santé et à l’hygiène, qui font partie des programmes scolaires.

Chacun y trouve donc un bénéfice, c’est certain !

Propos recueillis par Delphine Soury

Où, quand, comment ?

L’Hôpital des nounours s’adresse aux écoles.

Pour obtenir les coordonnées des responsables organisateurs pour chaque ville, vous pouvez contacter l’ANEMF

qui transmettra votre demande : hopitaldesnounours@anemf.org

Du 12 au 16 mars, l’Hôpital des nounours se tiendra à Toulouse.

Pour savoir à quelles dates aura lieu cette opération dans les autres villes de France,

rendez-vous sur http://hopitaldesnounours.org.

17 février 2012 Anne-Sophie Nicot

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Toupie

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